Chapitre 3 : Le frère et la soeur

Dix septième arrondissement, la foule des passants se pressaient sur les trottoirs, traversaient les chaussées en prenant garde aux voitures qui grouillaient. C’était l’heure de pointe, chacun rentrait du bureau et ne désirait qu’une chose : être chez soi. Ne plus entendre les klaxons qui retentissaient un peu partout, ne plus se sentir étouffé dans le métro, ne plus rester dans les bouchons durant un temps interminable… C’est exactement ce que ressentait Gabriel de Sortig qui tous les jours de la semaine, faisait l’aller-retour entre le dix-septième et l’université de médecine Paris Diderot située dans le treizième arrondissement. Le trajet en voiture était long et il s’agaçait des embouteillages quotidiens. Il n’avait pas plus de quarante kilomètres à parcourir pourtant, mais c’était sans compter les accidents, les camions qui bouchaient la rue sous prétexte de livraisons…

Après toutes ces péripéties habituelles, il entra dans un immeuble de style haussmannien et entra enfin dans le vestibule du grand appartement qu’il occupait avec sa soeur et ses parents. Sa mère l’accueillit en souriant comme toujours. Gabriel ne se souvenait pas l’avoir vu sans cet air de femme comblée. Pourtant elle occupait un poste de chef de projet dans une grande agence publicitaire et il ne se passait pas une semaine où elle était submergée de rendez-vous et de réunions qui se prolongeaient jusque tard dans la nuit.
A côté de madame de Sortig était assise Léa, qui ressemblait trait pour trait à sa mère. On aurait dit deux soeurs… Gabriel les regarda un instant tandis qu’il accrochait son manteau. Puis il entra dans un salon vaste et meublé uniquement de pièces de collections qui datait du dix-huit ou dix-neuvième siècle, il ne s’en rappelait jamais exactement. Même s’il aimait cet univers de “riches bourgeois” comme l’aurait dit certains, il aurait préféré un maison plus simple et plus pratique. Mais son père n’aurait pas toléré d’acheter ses armoires chez Ikea, son métier de commissaire priseur, lui avait donné le goût d’un certain genre de mobilier porteurs d’histoire, qui malheureusement n’était pas du tout adapté aux jeux parfois brusques de ses enfants lorsqu’ils étaient encore petits.

_ Quand le dîner sera-t-il prêt ? demanda le garçon en versant du whisky dans un verre en cristal.

_ Nous attendons ton père avant de commencer, tout reste au chaud, répondit sa mère. Comment était ta journée ?

_ Laisse-moi deviner, coupa Léa sur un ton taquin. “Travail, petite pause, travail…” déclara-t-elle en imitant la voix cynique de son grand frère.

Gabriel fixa sa soeur sans s’agaçer le moins du monde et se prépara à son tour à se moquer d’elle car il la considérait comme trop enfantine. En même temps Léa ne faisait pas d’efforts pour le faire changer d’avis. Son caractère de tête-en-l’air et naïf la desservait beaucoup tant dans sa vie privée que professionnelle. Seulement le jeune homme n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche, une voix grave s’éleva dans la pièce et chacun tourna la tête vers la porte d’entrée.

_ Et celle de Léa a été parsemée de “Pardon, je suis en retard !”

La jeune fille se leva pour se jeter au cou de son père sans lui tenir rigueur de la pique qu’il venait de lancer, puis sa mère embrassa son mari avant de pousser tout le monde dans la salle à manger. L’assiette de chacun se remplit rapidement et l’ambiance était au beau fixe. Le frère et la soeur ne cessait de s’envoyer de petites remarques qui auraient pu paraître acerbes mais le ton et l’intention n’était pas dans cet esprit-là. Ils s’aimaient malgré leurs différences et rien n’aurait pu les brouiller. Le lapin de Pâques de Gabriel volé par une adolescente gourmande et le gamin qui déchirait les dessins fraîchement peints d’une enfant en larmes… les drames n’avaient jamais été plus terribles que ceux-la. Dans le présent, les disputes étaient inexistantes même s’il restait parfois un ton ironique ou une remarque soigneusement choisie.

Comme tous les soirs, chacun entreprit de raconter sa journée. Le père conta sa dernière vente aux enchères qui contenait des lots valant des millions. La mère, la commande de campagne publicitaire qu’elle mettait en place. Les deux adultes parlaient peu de leur travail et laissaient leurs enfants s’exprimer autant qu’ils voulaient. Les entendre décrire leurs réussites et leurs déboires, leurs paraissait comme un retour dans le passé. Léa en profitait pour raconter absolument tout, elle n’omettait rien de ses journées, tandis que Gabriel restait discret. Il était de nature secrète depuis quelque temps et même parfois cynique. Seule Emma, la meilleure amie de Léa savait balayer ce masque d’indifférence et montrer le jeune homme sous son véritable jour.

Aussi le jeune homme ne partagea que peu les faits de sa journée et laissa le temps de parole à Léa qui brûlait d’impatience de raconter une nouveauté. Son retard au rendez-vous fixé avec Emma était tellement anodin que personne ne le releva. Mais il fit une description plutôt détaillée et précise de Pierre, l’acheteur swapbooké de son livre de psychologie, ce qui interpella son frère et il se décida et la mettre au pied du mur.

_ Tu es nulle quand il s’agit de reconnaître un visage, mais il semblerait que tu te rappelles très bien celui-ci…

_ Que veux-dire ? interrogea Léa sans comprendre le sous-entendu.

_ Ce Pierre a l’air d’avoir retenu toute ton attention, expliqua-t-il avec un sourire moqueur.

_ Tu es à côté de la plaque, mon cher, répliqua la jeune fille, c’est Emma qui m’a fait remarqué tous ces détails.

A ces mots, Gabriel ne répondit rien mais se promit d’en savoir plus sur ce Pierre qui intéressait tant Emma. Ce fait l’intriguait au plus haut point car l’amie de sa soeur avait toujours été solitaire, tellement passionnée par l’informatique et les logiciels qu’elle n’avait jamais cherché à vivre une quelconque amourette depuis le soir où ils s’étaient… Non, il valait mieux ne pas y penser, cette histoire devait rester enterrée.

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